Festival national du kamishibaï Takarazuka 2025

Carnet de voyage (par Fanette)

Il y a un an, je ne savais pas encore que j’allais me rendre au festival national du kamishibaï à Takarazuka. Ce voyage, c’est comme une histoire, ce genre d’histoire avec une structure événementielle. Chance. Heureux hasard. Retournement de situation. Coup du sort. Rencontres. Effet papillon. C’est un peu tout cela à la fois, et c’est l’histoire qui me poursuit depuis le début de ma rencontre, il y 10 ans, avec le kamishibaï. Dans l’architecture narrative de l’histoire que j’ai vécue cette année au Japon, j’ai beaucoup de personnes à remercier. Et j’aimerais commencer par ça.

L’élément déclencheur, c’est Tara McGowan, que je remercie énormément. En novembre 2024 durant un dojo du « world kamishibaï forum », je lui ai partagé mon envie de retourner, un jour, à Osaka. Et c’est là qu’elle m’a informée de sa participation au festival national de kamishibaï, que je ne connaissais pas.
– « It would be fun to meet up there»
J’ai mis du temps à me décider, vérifier si cela serait possible, à me laisser convaincre par cette pensée ritournelle :
– « Si je n’y vais pas cette année, il me sera plus difficile de faire le voyage plus tard.»
Au vu de la fragilité actuelle dans laquelle sont plongées les relations internationales, j’ai sauté le pas : J’y vais.

Au départ, j’avais juste décidé d’aller au Japon pour le festival, rencontrer Tara, revoir Tamachan pour la remercier de l’exposition qu’elle avait organisée l’an dernier, rencontrer les personnes des Instituts français du Kansai et de Tokyo, rendre une visite amicale à Mme Etsuko Nozaka de l’IKAJA (International Kamishibaï Association of JApan), rendre visite à mon amie et membre de notre collectif ultramobile kamishibaï, Yuiko Tsuno, tout en faisant un passage par Taipei (Taiwan) pour rendre visite à des amis.
Quelques mois plus tard, sont arrivés les éléments de bascule de cette histoire. Ces éléments, ils ont été possibles en grande partie grâce à Tamayo Otsuka, de son nom de scène : Tamachan. Tamachan est un peu la fée de l’histoire. Mais il n’y a pas de baguettes magiques dans la vie réelle, et je ne la remercierais jamais assez pour le « travail acharné » qu’elle a accompli pour organiser tous les événements et les expériences vécues autour du festival. Je n’aurais jamais pu profiter du festival aussi pleinement, sans ces événements préalables. Alors, merci beaucoup, beaucoup et encore beaucoup, Tamachan.
Puis il y a eu les rencontres. Des compagnons de voyages sont montés à bord de l’histoire, venus d’autres pays. Amanda et Andressa du Brésil, Yumi des états unis, Ramya d’inde. Nous avons vécu ensemble une merveilleuse aventure, historique.
J’ai auto-financé ce voyage, et en secouant les grands mouchoirs virtuels du départ, j’ai écrit à mes proches : « Je fais probablement le voyage de ma vie. »

Je remercie sincèrement Tara Mcgowan, Tamayo Otsuka, toute l’équipe du Tezukuri kamishibaïkan, Piman, Mikan, toute l’équipe du Osaka kidz plaza, en particulier Yoshimura san et Morimoto san, toute l’équipe organisatrice du Zennkoku kamishibaï festival, en particulier Juri Kirihata, le groupe de kamishibaï Cho Cho de Takarazuka, toutes les personnes qui ont participées aux évènements, les personnes du Shiosaki Otogi museum, tous les kamishibaï-yas que nous avons pu rencontrer aussi, Mochizuki san, Danmaru san et toutes les personnes du manga museum, et à tout ceux que j’oublie certainement et je m’en excuse car il y a eu tant de monde : merci à tous ! Et je remercie particulierement Yuiko Tsuno, car notre rencontre en 2015 a finalement un peu changé ma vie.

10 octobre 2025

Le 10 octobre 2025, ce fut notre première véritable rencontre avec Tara et Yumi, car nous avions échangé régulièrement en visio (ce même jour, j’avais aussi rencontré de mon côté Andressa et Amanda).

Tamachan et les personnes du Tezukuri Kamishibaïkan avaient organisé un goûter de bienvenue. Nous avons pris un tramway très mignon pour nous y rendre. Piman a d’ailleurs fait un kamishibaï sur ce tramway. C’était donc notre première entrevue avec la chercheuse et cofondatrice du world kamishibaï forum Tara Mcgowan, l’autrice illustratrice Yumi Izuyama, l’organisatrice du festival national de kamishibaï de Takarazuka Juri Kirihata, la créatrice et interprète de kamishibaï et cofondatrice du Tezukuri Kamishibaïkan Mimoto Fumiyo (de son nom de scène « Piman » ), l’interprète de kamishibaï de son nom de scène « Mikan », l’auteur et historien Yutaka Hotta, l’interprète et créatrice de kamishibaï d’origine allemande de son nom de scène Yulibon, l’interprète de kamishibaï membre du shiosaki otogi muséeum et cofondatrice du Tezukuri kamishibaïkan Tamachan, la personne qui a rendu possible la mise en place du Nozoki Karakuri si j’ai bien compris était présente aussi mais je n’ai pas retenu son nom et j’en suis désolée. Il y avait d’autres personnes du Tezukuri kamishibaïkan aussi. Yoshimura san l’organisatrice de l’évèvenement du Osaka kids plaza et Morimoto san, le sponsor de cet évènement, nous ont rejoints plus tard dans la soirée.

Après les présentations, durant les échanges, j’ai commencé à me rendre compte que les techniques de kamishibaï que j’avais apprises au départ grâce à IKAJA et dont je suis membre, n’étaient pas forcément celles utilisées par les personnes qui étaient assises autour de la table. Et j’ai aussi pris conscience du travail extraordinaire qui a été accompli par toutes et tous, pour que nous puissions nous rencontrer et vivre des expériences communes dans les meilleures conditions.

Mikan nous a interprété une pièce traditionnelle de théâtre de marionnettes bunraku adapté en kamishibaï : « Double suicide d’amour à Sonezaki » une pièce sur un fait divers qui a eu lieu à Osaka. C’était une très belle expérience pour moi, car je n’avais jamais vu de kamishibaï comme ceci…

Je suis repartie avec de merveilleux cadeaux, et notamment le kamishibaï du double suicide à Sonezaki.

11 12 et 13 octobre

Les 11, 12 et 13 octobre Tamachan avait organisé un événement au Osaka kids plaza, comme une suite de l’exposition qui avait eu lieu l’an dernier « Bienvenus dans la forêt des kamishibaïs du monde » J’ai réalisé l’ampleur de l’événement en arrivant. Un espace était aménagé avec d’anciens jeux de festival japonais, des kamishibaïs du shiozaki museum étaient exposés, il y avait une exposition des kamishibaïs fait par les enfants aussi. J’ai été très impressionnée par la qualité des kamishibaïs inventés par les enfants. Les représentations visuelles étaient un peu brut mais extrêmement vivantes et vraiment pensée pour du kamishibai. Et les histoires étaient très originales et drôles !

Il y avait un Nozoki Karakuri, et devant le Nozoki Karakuri, il y avait un espace pour les représentations de gaïto kamishibaï.

Avec Tara, Andressa, Amanda, Yumi, puis Yulibon et Ramya qui nous on rejoins plus tard, nous avons été accueillies dans une salle de spectacle pour nos présentations.

J’avais préparé deux kamishibaïs participatifs pour l’occasion : “le barbecue” que j’avais travaillé en japonais, et “Souffle” que Tara avait la gentillesse de traduire en live. On avait préparé cela en amont. D’ailleurs, j’en profite pour remercier encore une fois Tara, car ce voyage n’aurait pas du tout été pareil sans traduction…


Une carte du monde, une exposition de butaïs et de kamishibaïs édités en dehors du Japon, et nous voilà, Inde, Brésil, Amérique, Allemagne, France. La première représentation a nécessité des ajustements, et les autres se sont bien passées. J’étais très heureuse de voir en vrai les kamishibaïs de notre groupe, nos manières de faire, nos langues diverses, nos esthétiques graphiques différentes. À travers nos créations, nous partagions nos mondes intérieurs imprégnés de nos différentes cultures, le tout à travers un “langage” commun : le kamishibaï. C’était une rencontre particulière, car on ne rencontre pas les gens de la même manière, quand on les rencontrent en phase avec / à travers leurs créations. On perçoit la personne dans son entièreté d’une certaine façon. Le kamishibaï, qui comme disait si bien Tamachan, a quitté le Japon et y est retourné un peu transformé par les cultures qu’il a rencontrés durant ces voyages. Et nous étions ici en vrai, à présenter nos kamishibaïs un peu différents de ceux du Japon, comme une petite partie de la forêt des kamishibaïs du monde. Et je sentais presque le vent invisible entre les feuilles de papier me souffler un merveilleux rêve « le kamishibaï participe à sa manière à la paix dans le monde». Un son l’accompagnait : “Doki Doki”. La résonance de nos cœurs, entre l’excitation, la peur, la joie, formait le refrain de l’inoubliable, la mélodie de cet événement palpitant. Grand merci à Piman et Tamachan qui nous ont beaucoup aidées, car dans mon cas, présenter un kamishibaï participatif sans comprendre le Japonais, en fait ce n’était vraiment pas simple. Et ces trois jours m’ont beaucoup entraînés pour le festival national de Takarazuka. Grand merci à toute l’équipe du Osaka kids plaza, et le groupe du Tezukuri kamishibaïkan qui ont été extraordinaires, et sans qui ces événements n’auraient pas pu exister.

En-dehors de la salle de spectacle, il y avait de nombreuses représentations d’artistes de kamishibaï de la région d’Osaka. À ce moment là, j’ai commencé à réaliser que le Japon cache une forêt de kamishibaïs plus grande que ce que j’avais imaginé. Il y a tant de manières de faire. Je savais qu’il existait différentes techniques, mais cela m’a quand même assez surprise. Je commençais à ne pas bien comprendre pourquoi les personnes que je voyais n’ouvraient pas les portes du butai ? Pourquoi les interprètes étaient-ils aussi présents et expressifs ? Pourquoi ils touchaient les illustrations ? Pourquoi, avaient-ils des vêtements aussi colorés parfois ? Tout ce que j’avais appris/compris de l’IKAJA n’était clairement pas mis en pratique ici. Et j’ai vraiment compris que les techniques défendues par IKAJA, sont des techniques adaptées pour lire des kamishibaïs édités, à destination des médiateurs culturels et des professionnels de l’enfance. Le protocole de lecture est strict, la technique de narration proposée est peu engagée. À la fois pour rendre accessible le kamishibaï pour tous, sans être forcément conteur ou sans avoir besoin d’être l’apprenti d’un maître, et aussi pour créer une rupture avec l’affection / le fanatisme que les enfants peuvent avoir pour le conteur, au profit du contenu de l’œuvre écrite. Je me suis même demandée après une discussion récente, si les techniques d’IKAJA ne sont finalement pas pensé pour l’exportation à l’international ? Elles sont facile d’accès, pour un public non-avertis. Comment apprécier un bon thé quand on en a pas la culture ? Et bien, c’est peut-être pareil pour le kamishibaï. Mais j’ai bien l’impression que ce n’est pas si simple, et je découvrais certaines tensions, que j’ai encore du mal à cerner.. Tous ces kamishibaï-ya qui prônent la paix et l’amitié pour les enfants et entre les peuples seraient eux même un peu en conflit ? Nous avons tous nos contradictions.

J’ai intégré certains codes des techniques proposés par IKAJA dans ma propre pratique, technique que je trouve intéressante dans le cadre de mes créations auprès des très jeunes enfants. Mais comme je ne lit pas de kamishibaïs édités, je me suis toujours senti assez libre dans mon interprétation. Alors que dans les techniques proposées par IKAJA il est clairement dit que l’interprète ne doit pas modifier sa voix pour les personnages, j’ai été frappée en voyant ici des interprétations vocales aussi investies. Yoshinori Ogawa par exemple : quelles voix ! Tous les narrateurs de kamishibaïs étaient très précis et expressifs dans l’interprétation des voix des personnages illustrés. J’avais vraiment l’impression de regarder des « dessins animés », et s’était très amusant ! Si le cœur du kamishibaï est pour moi l’œuvre de papier, le « kami », c’est le rythme donné par le narrateur, qui donne vie, qui fait de cet art « vivant » un théâtre : le « shibaï ». Je me suis dit qu’il y avait peut-être beaucoup à apprendre de cet art de la narration, qui n’est finalement pas si facile à appréhender car c’est un savoir faire spécifique, une posture particulière.

Le Nozoki Karakuri

Au Osaka kids Plaza, il y avait un Nozoki Karakuri pour l’évènement : quelle expérience incroyable. Les images étaient tirées vers le haut, nous regardions les images à travers des petites lucarnes et de fait la narration était invisible . Nous étions vraiment plongés dans l’histoire ! Des adolescents ont fait l’histoire de l’oiseau de toutes les couleurs, Piman, Mikan et Tamachan ont fait l’histoire des Ninjas. Il y avait une personne qui tirait les cordes pour soulever les planches, et qui faisait la voix du crapaud géant « Bacha bacha bacha bacha !!!! » C’était vraiment incroyable de voir ça en vrai !

Mais encore une curiosité : des gens appelaient le nozoki karakuri “kamishibaï”.. mais pourquoi ? Mais du coup c’est quoi le kamishibaï ?? J’étais un peu perdue.. Mais j’ai cru comprendre que c’était clairement un abus de langage : le Nozoki Karakuri ce n’est pas du kamishibaï.

14 au 17 octobre

Le festival s’est terminé, Yumi est parti faire son voyage de son côté, et de notre côté nous avons eu la chance de profiter d’expériences incroyables. Nous avons vu la pièce de bunraku « double suicide d’amour à Sonezaki » et j’étais très touchée par le spectacle. Deux choses m’ont interpellées : le visage visible des marionnettistes, et le son (corrélation narration / musiques). En fait, dans le kamishibaï aussi j’apprécie vraiment de voir les expressions de visage entrer en synergie avec les personnages illustrés. Je ne pensais pas faire le lien avec la marionnette bunraku. Puis la fonction de narrateur, le fait que les marionnettistes ne parlent pas : Quelle surprise ! Le travail du marionnettiste est exclusivement réservé à la dynamique du corps, la communication verbale est laissée au narrateur. Un petit orchestre était caché aussi. La scène visuelle et l’espace de la parole sont séparés : comme le kamishibaï. Le narrateur de bunraku n’est pas sur scène, il est à côté. Il ne joue pas de rôle, il prête sa voix, divinement accompagné par le shamisen. Dans le dernier acte, c’était particulièrement magnifique. J’avoue que le moment de tension lorsque les deux personnages décident de “passer la rivière” et donc de mourir, tension corporelle, tension musicale, tout était en phase et j’ai trouvé cela tellement touchant que je n’ai pas pu m’empêcher de verser une larme..

Là, j’ai commencé à me demander quelle différence pouvait exister entre la narration et le conte ? En fait, souvent en France on utilise le mot « conteuse » pour m’accueillir lorsque je fait un spectacle. Cela me pose question, car je ne me sens pas conteuse, et je ne sais jamais comment désigner celui qui interprète les kamishibaïs. Pour moi, le conte c’est l’art de créer des images mentales, et ce n’est pas la même chose d’interpréter des kamishibaïs. En voyant le narrateur de bunraku accompagner la scène, j’ai pensé que le mot “narrateur” serais peut-être plus approprié pour désigner l’interprète de kamishibaï ? Et puis certaines réflexions sont remontées, concernant la place de la voix, dans l’expression du vivant.. Pour moi, et parce que je suis entendante, ce qui rend le kamishibaï vivant et qui tisse le fil des sentiments partagés, c’est la voix. Le mouvement des planches, même s’il est primordial, reste limité. D’où l’importance d’offrir l’expression du mouvement dans la création graphique. Les mouvements peuvent être exprimé par la dynamique des traits de pinceau par exemple, et les techniques d’apparitions/disparitions lorsque l’on tire les planches, peuvent créer l’illusion du mouvement. Mais dans un théâtre, les comédiens et comédiennes bougent en trois dimensions, prêtent les mouvements de leur corps au discours. Le langage du corps, le théâtre du corps, est possiblement la base de l’illusion au théâtre. Alors comment faire avec des personnages illustrés et figés ? personnages qui ne peuvent bouger qu’en glissant tout droit d’un seul côté ? La voix des personnages, la voix du “narrateur” est donc primordiale. La voix est son, le son par nature est mouvement, et se diffuse dans l’espace et permet de “voir” avec les oreilles le mouvement de ce qui n’est pas mis en mouvement dans les images fixes.. C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup approfondir. L’art vivant du kamishibaï, qui né de la coexistence entre une série d’images figées, dans un mouvement limité, et sublimé par l’expression vocale/sonore.. Dans ce sens, mes souvenirs de stage de formation “la musicalité de la parole” avec Michel Hindenoch sont revenus à la surface.. Et qu’en est-il de ce fameux Kyokan ? Encore tant de questions, et d’os à ronger..

J’ai vu un spectacle de Kabuki aussi. Là, j’ai réalisé que les décors du kabuki et du bunraku, ce sont des décors plats et peints, en deux dimensions, qui parfois glissent sur les côtés. Finalement, même les décors des théâtres traditionnels résonnaient en moi comme des planches de kamishibaï. Il y a de nombreux ponts à faire entre les pratiques théâtrales au Japon, et la plupart des kamishibaïs que j’ai vu étaient véritablement des formes théâtrales.

Puis nous sommes allés au Théâtre de Takarazuka et c’était incroyable. Merci beaucoup à Juri Kirihata de nous avoir permis de vivre cette expérience unique. Après avoir vu des spectacles interprétés par des hommes uniquement, on a pu voir un spectacle interprété par des femmes uniquement. Et là, j’ai réalisé que le kamishibaï, c’est un théâtre mixte. Mais l’a t-il toujours été ?

On a visité le musée Otogi Tezuka à Takarazuka, c’était très touchant, et nous avons vu un film d’animation très beau durant la visite. Le manga et le kamishibaï ont leur histoire commune. Mais princesse Saphir a aussi une histoire commune avec le Takarazuka revue : les ponts entre les pratiques artistiques se croisent, comme un tissu.

Puis nous sommes allés au Musée du manga aussi, car nous avons été invité par le groupe de Yassan. C’est Mochizuki san qui a fait le lien, et nous l’avons rencontrée à ce moment. Nous avons vu des kamishibaïs très dynamiques, merci à Danmaru-san, Senbei-san, Haruru-san et Chiori-san. J’étais vraiment touchée de retourner au manga muséum. C’est ici que j’avais rencontré Ikkyu en 2019 avec ma collègue Lydie Mariller (collectif ultramobile) et nous avions vraiment découvert pour la première fois, une interprétation de kamishibaï autre que les techniques d’interprétation plus sobres que nous avions apprises en France. Notre surprise était totale.

18 octobre : Zennkoku kamishibai Festival – 1er jour

Le 18 octobre nous avons retrouvé Yumi au festival zennkoku kamishibaï.

Le matin il y avait le Acchi Kocchi et nous avons pu assister aux représentations de Mamoru sato, Tamachan, Masayuki Yao et Naoki Sugiyama. Tamachan était accompagné par la flûte nokan. Je ne connaissais pas cette flûte, c’était possiblement celle que j’avais entendu durant le spectacle de bunraku. J’étais très heureuse de découvrir cet instrument. J’étais aussi très émue, car c’était la première fois que je voyais Tamachan faire une représentation de kamishibaïs. J’ai vraiment adoré. Une présence équilibrée, une parole claire, précise, drôle, sans en faire trop, au bon tempo. Tamachan comme une fée du monde des histoires, nous fait voler dans des émotions collectives palpables, de manière bienveillante et avec beaucoup d’humour. Les kamishibaïs de Shiozaki san son extraordinairement bien écrits. J’ai été impressionnée par la maîtrise de Tamachan, son art de la parole, j’étais très touchée. Non, le kamishibaï de rue ne s’est pas complètement arrêté avec l’arrivée de la télévision. Il a fait sa route, il a emprunté de petits chemins, et il a des héritiers bien vivant.

L’utilisation des instruments de musique aussi pour ponctuer le récit, le tambour, la cymbale, j’ai trouvé cela fascinant, je n’avais jamais vu ça.. Vraiment bravo et merci Tamachan..

En parlant d’instrument de musique, les hyoshigis aussi, j’ai mieux compris leur utilisation lors de ce voyage. Complètement en lien avec le public et notamment avec les applaudissements, ils permettent de rassembler le public, et de le guider sur le même rythme, et c’est une belle façon de se connecter avant de rentrer ensemble dans le monde des histoires.

Le logo du festival, ce sont trois visages qui font Wa wa wa. Le première Wa c’est la paix / le deuxième Wa c’est le partage / le troisième Wa c’est le rire.

Juri kirihata a fait l’ouverture du festival avec un chapeau-butai sur la tête, et pour moi cette image reflète presque d’une idéologie du sérieux dans l’amusement. Oui, c’est ce que j’ai vécu avec le kamishibaï japonais: je me suis sérieusement marrée, et qu’est-ce que ça fait du bien ! Le jeu est un sujet très sérieux. Le partage et le plaisir d’être ensemble est un sujet très sérieux. Le droit d’accès ou de recherche du bonheur est un sujet très sérieux. Alors oui, encore une fois, je me dit que le kamishibaï à son niveau, participe très sérieusement à la paix entre les gens, entre les peuples : Wa Wa Wa !

Je ne pouvais pas comprendre le discours de Kirihata san, mais j’ai vu que beaucoup de gens étaient très émus. Nous avons ensuite assisté à une conférence qui montrait différents styles de kamishibaï. Il y avait Bunchan, Nariyoki Noma, Junko Nakahira, Mamoru Sato, Tamachan, Masayuki Yao et Naoki Sugiyama.

Et là clairement, j’ai vu la forêt des kamishibaïs du japon. Pour chaque personnes, différents styles, différentes voix, différents dessins, mais tous en accord avec le public pour créer de l’émerveillement, des émotions, et beaucoup de rires.. Waaa !

Le soir nous avons dîné un repas assez luxueux, et la délégation organisatrice était passée en plein milieu du repas et c’était vraiment joyeux ! Les chants et remerciements étaient fun ! Wa wa wa !!

Durant le tokoton, nous étions dans la même salle avec Ramya, et super entraînées grâce au Osaka kidz plaza . Il y avait 4 salles avec des représentations en même temps. Donc nous ne pouvions pas tout voir. En tout cas j’ai vraiment pleuré de rire avec l’histoire de zombie qui a terminé notre salle de tokoton.. c’était vraiment très très drôle.. J’étais aussi très heureuse d’avoir croisé le chemin de Junko Hinata et de son mari. Je n’ai malheureusement pas pu les voir en performance, car j’étais un peu stressée et perdue sans parler japonais dans ce lieu. Donc j’ai préféré rester dans la salle où j’étais. J’espère pouvoir voir leur kamishibaïs un jour !

Pour décrire le festival, Ramya a dit qu’elle le trouvait « Oishi » et oui vraiment on s’est régalées !

19 octobre Zennkoku kamishibai festival 2eme jour

Tara m’avait demandé de faire mon kamishibaï du barbecue le matin du dimanche, en m’expliquant que ce serait bien de montrer un des kamishibaïs qui ne sont pas japonais. Elle me l’a proposé car “le barbecue” était le kamishibaï le plus court de notre groupe, et peut-être le plus facile à comprendre visuellement. J’ai accepté sans me poser de questions, puis j’ai réalisé juste avant de monter sur scène, lorsque l’équipe technique m’a posé mon micro HF, que j’allais dire mon kamishibaï du Barbecue juste avant la conférence donné par Bunchan, Noma san, et Junko Nakahira, dans la grande salle du festival. Je n’ai pas trop eu le temps de stresser heureusement, et j’ai repensé à l’expression “doki doki” ! Après je devais rejoindre Tara, Yumi, Ramya, Andressa et Amanda, Tamachan et Piman, pour la conférence que donnait Tara sur le kamishibaï au niveau international. Malheureusement quand je suis arrivée, la salle était fermée, je n’ai pas réussi à rentrer. Donc je suis repartie voir la conférence de Bunchan, Junko Nakahira et Noma san. En fait c’était vraiment très intéressant, car ils montraient différentes techniques de lectures, en interprétant les mêmes kamishibaïs. Mme Junko Nakahira montrait les techniques de lecture d’IKAJA. J’étais aussi très surprise car j’ai compris à ce moment que Bunchan et Noma san lisaient aussi leurs kamishibaïs avec une autre technique de lecture, beaucoup plus expressive. Technique tellement maitrisée, que je n’avais moi même pas réalisée qu’ils lisaient leurs kamishibaïs : fascinant.

Suite au festival nous avons déjeuné, et pris cette dernière photo tous ensemble. Lorsque je regarde cette photo, l’expression “mais comment je me suis retrouvée là ?” résonne en moi… Quelle chance d’avoir côtoyé de si grands interprètes…

Et Tamachan et Piman nous ont fait un cadeau magnifique. Quand Tamachan nous avait demandé ce que nous voulions faire au japon, je lui avait dit que j’aimerais beaucoup aller au onsen, et que j’aimerais avoir une adresse pour pouvoir m’y rendre. Et finalement, presque tout le monde voulait s’y rendre. Nous avons donc passé un moment au Arima onsen, puis nous nous sommes baladées dans cette ville thermale.. L’eau était rouge ! C’était un beau moment de détente, avant de dire au revoir à Ramya, et Piman. Car nous avions prévu de nous revoir avec Tara et Tamachan, et avec Yumi aussi.

25 octobre matin Shiosaki Otogi muséum

Le 25 octobre j’ai retrouvé Tamachan et Tara, ainsi que toute l’équipe du shiozaki muséum, pour un évènement kamishibai au musé. Des amies françaises qui pratiquent le kamishibaï étaient là aussi, et nous avons visité le shiozaki otogi muséum en arrivant. C’est un patrimoine exceptionnel.. C’est ici que j’ai rencontré Tamachan pour la première fois en 2019, donc c’était un moment particulier de se retrouver ici, 6 ans plus tard.

Cette fois, j’avais proposé de faire un kamishibaï plus narratif : “le pain perdu”. J’ai du expliquer la recette du pain perdu, qui est traduit en “french toast” en anglais. Le public étaient surpris d’apprendre qu’en France, nous faisons cette recette pour finir le pain dur plutôt que de le jeter. C’est chez nous une recette un peu rustique et populaire, et non un plat raffiné comme on peux le trouver au japon ou au états unis. J’ai interprété mon kamishibaï en Français et Tara l’a traduit en japonais.

Quelqu’un m’a dit qu’on ressentait vraiment le Wabi Sabi dans cette histoire, et je ne connaissais pas ce mot. “wabi (solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie…) et sabi (l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets, le goût pour les choses vieillies, pour la salissure, etc.) Le wabi fait référence à la plénitude et la modestie que l’on peut éprouver face aux phénomènes naturels, et le sabi, la sensation face aux choses dans lesquelles on peut déceler le travail du temps ou des hommes” (wikipédia) Merci pour cette précision. Effectivement, l’histoire de mon pain baigne possiblement dans ce wabi sabi.

Tara a fait une merveilleuse histoire de magie et d’amour de souris, Tamachan m’a vraiment fait rire avec son histoire de Frankenstein ! Puis on a vu d’autres interprètes du shiozaki muséum, c’était vraiment très joyeux ! Une personne a interprété du manga-kamishibaï ! Je n’en avais encore jamais vu en vrai ! waaaa !

25 octobre après midi : Nishiki kage-e (Utsushi-e)

L’après midi nous sommes allés voir une répétition de nishiki kage-e, c’est le nom donné au Utsushi-e à Osaka. J’en avais parlé à la responsable de la médiathèque de l’institut français du kansai, Mme Maiko Bernahrt, et je lui ai proposé de nous accompagner car elle avait l’air très intéressée. Le nishiki kage-e c’était vraiment très impressionnant, encore une fois nous avons eu beaucoup de chance d’en voir en vrai.. De ce que j’ai compris, c’est ce qui a inspiré la première forme de kamishibaï, celle dite “tashi-e”.

C’est très difficile à interpréter. Il faut de nombreuses personnes pour tenir les lampes (furo) les faisceaux lumineux ne doivent pas se croiser, je pense que ça doit être très fatiguant physiquement.

La personne qui forme les bénévoles à cette pratique, a redessiné toutes les lames transparentes, à l’identique des originales ! Quelle précision !

Puis il a été temps de dire au revoir à Tamachan, et un grand merci pour tout.. J’avoue que j’étais émue de lui dire au revoir.

27 octobre Matsuda film production

Le 27 octobre j’ai retrouvé Tara Yumi et Mochizuki san qui nous a accompagné au bureau du Matsuda film production pour en savoir plus sur les katsudo benshi. Nous avons vu des films d’archives, avec du tashi-e ! Comme Igor Cvetko avait demandé à Tara des informations concernant le tashi-e, Tara a demandé au responsable s’il y avait des archives à ce propos. Et là, incroyable : le responsable du bureau reviens avec une boîte, on l’ouvre, et les voilà devant nous : Les marionnettes tachi-e de shin san. J’étais surprise car les marionnettes étaient assez petites, et d’autant plu étonnée car c’était une histoire très sanglante ! Quand on retournait les marionnettes, c’était plus pour voir une tête coupée ensanglantée ou des yeux arrachés, plutôt qu’un mouvement de course ou de marche.

J’ai bien mieux compris le lien avec l’histoire du cinéma, en voyant ces archives, et en apprenant un peu mieux ce qu’est la narration de film des katsuben. Il y a encore des interprètes, et de jeunes interprètes. J’avais lu que la narration de kamishibaï était inspirée de la narration du film muet au japon. Et en fait le lien est bien plus fort que ce que je croyais : la personne que nous avons rencontré au matsuda film production nous a expliqué que les katsuben eux même sont devenus narrateurs de kamishibaï quand le cinéma parlant est arrivé au japon, car il n’avaient plus de travail. De ce que je lis sur wikipedia (avec tout le recul à prendre concernant cette information), le premier film parlant au japon est arrivé en 1931, et la production de films parlant c’est imposée quelques année plus tard. Le kamishibai Hira-e comme nous l’utilisons encore maintenant ayant été inventé en 1929 ou 1930, la narration de kamishibai de rue n’est pas une simple inspiration des katsuben, elle y est complètement liée.

Puis il était vraiment le temps de se dire au revoir, et … kampai !

Epilogue

Tout au long de ce voyage j’ai eu une pensée pour Igor Cvetko et Jelena Sitar, les pionniers du mouvement kamishibaï en Slovénie. J’aurais beaucoup aimé faire ce voyage avec eux.

Je ne parle pas de toute mon expérience vécue à Tokyo, de ma visite avec Etsuko Nosaka et ses collègues qui m’ont chaleureusement invitées à leur prestation de kamishibaï pour l’Halloween de la bibliothèque de Kakio. Je ne parle pas non plus des évènements et échanges que j’ai pu vivre avec mon amie Yuiko Tsuno (collectif Ultramobile). Mais je les remercies grandement car tous ces moments ont été des expériences précieuses.

Maintenant traversée par ce vécu si riche, je ne sais pas quoi faire de tout ce que j’ai vu, tout ce que j’ai appris ou cru comprendre.. Je ne me rends pas encore compte de l’importance de ce voyage, et de comment il va me transformer dans ma pratique du kamishibaï. Durant ce voyage, j’ai d’ailleurs décidé de faire une formation de “doublage, voix off, et livre audio” pour travailler ma “narration” de kamishibaï. J’espère pouvoir le faire l’année prochaine.

Je me retrouve aussi dans une situation de doute. La méthode de lecture et définition du kamishibaï exporté par IKAJA est très précise. Et les kamishibaïs que j’ai vu au japon, n’étaient pas forcément en phase avec cette méthode ni même cette définition. Comme j’utilise le mot « kamishibaï » pour ma pratique, il est important pour moi de m’assurer de ce qui définit le kamishibaï, pour que mes créations en respectent la forme, l’histoire, et soient en phase avec ce mot japonais. Je n’ai pourtant pas du tout la prétention de faire du kamishibaï japonais : j’en serais bien incapable, je suis française. Mais par moment, durant ce voyage, je ne comprenais plus vraiment ce qui définit le kamishibaï.. à la fin du festival à Takarazuka, Araki Fumiko, de son nom de scène « Bunchan » m’a dit que j’avais vraiment compris ce qu’était le kamishibaï après avoir vu mon « barbecue », et j’étais à la fois touchée, surprise et rassurée. Et là, j’ai sincèrement pensé que j’avais eu beaucoup de chance d’avoir fait mes premiers pas avec Yuiko, qui nous a transmis ce qu’elle avait appris par IKAJA. Et je les remercie sincèrement. Car d’avoir commencé par là, ça m’a certainement fait comprendre l’importance, la profondeur et les possibilités de l’œuvre écrite, dessinée. Le fait que le kamishibaï est une œuvre de théâtre, et non un conte illustré. Mais maintenant je ressent le besoin d’approfondir la place de l’interprète. Je n’ai jamais tout à fait suivi les conseils d’IKAJA sur la lecture, étant donné que je ne lis pas de kamishibaïs édités, et que je ne suis pas médiatrice culturelle. Je suis artiste musicienne comédienne et illustratrice, en France. Je suis maintenant convaincue, que ce voyage va modifier ma pratique, et maintenant, j’ai hâte de voir ce qui va changer !

Aussi, je me demande si le mouvement de kamishibaï qui est actuellement en vogue en dehors du japon, ne pourrais pas avoir un impact significatif sur le kamishibaï « japonnais ». En 2019, lorsque nous avions rencontré Tamachan avec Lydie, nous avions évoquées que pour nous, le kamishibaï était un art vivant. Ce qui l’avait grandement étonné, et nous étions tout autant étonné que ce petit théâtre puisse ne pas être considéré comme un art vivant dans son pays d’origine. Le mot « art » n’ayant certainement pas la même signification au japon, et en France. Alors l’expression « art vivant » non plus j’imagine. Notre échange a été un des éléments à l’origine de l’exposition « bienvenu dans la foret des kamishibais du monde » qui avait été organisé par Tamachan en Mai 2024. Et si un nouveau mouvement de kamishibaï « artistique », pouvait être un enjeu d’avenir ? Le kamishibaï, se trouve au japon dans une posture particulière. Des tensions semblent exister, les passionnés sont parfois âgés, et les plus jeunes passionnés que j’ai pu rencontrer sont souvent des créateurs de kamishibai « tezukuri », artistes peintres, artistes interprètes, et je me demande si ce ne sont pas eux qui d’une certaine façon, pourraient former l’avenir du kamishibaï au japon. Alors le mouvement tezukuri ou l’éventuel mouvement d’art vivant, fondera t’il le kamishibaï du futur ? Et ce kamishibai du futur, pourra t-il apporter la paix entre les tensions des différents groupes de kamishibaï existant au japon ?

L’histoire est loin d’être finie !

Et … ce voyage m’a aussi convaincue que je devrais apprendre plus sérieusement à parler anglais, et peut-être japonais.. Mais ce travail colossal me fait peur !!

Encore un GRAND merci à toutes et tous, et à une prochaine fois j’espère !

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