Festival International Beli Deflin -Slovénie 2022

La Slovénie est le pays d’Europe le plus actif dans le développement du Kamishibaï. Grâce à l’énergie de Jelena Sitar et Igor Cvetko, une grande communauté de créateurs de kamishibaï sont présents dans toutes les régions de Slovénie. Depuis 10 ans, ils organisent des festivals régionaux, un festival national, et un festival international. Le festival international « Beli delfin » (dauphin blanc) a lieu tous les ans à la fin du mois d’aout à Piran, au bord de la mer Adriatique. Il y a deux ans déjà, j’avais eu la chance d’y être invitée avec Yuiko et Lydie. Cette année c’était le 5eme festival international, et nous avons été invité avec le Collectif Ultramobile, accompagnés par nos deux bibliothécaires préférées : Myriam et Camille.

de gauche à droite : Darko Kočevar, Igor Cvetko, Vanja Iva kretič, Boštjan Oder, Jelena Sitar – Crédit photographique : Ubald Trnkoczy

Le festival Beli Delfin est dédié aux kamishibaïs de créateurs. Tous les kamishibayas du festival sont auteurs, illustrateurs et interprètes de leurs créations. Cette année, 60 kamishibaïs ont été programmés, répartis sur 3 soirées, et interprétés par des kamishibaya Slovènes, Serbes, Italien, Autrichien, Français, Anglais, et Japonais. Durant le festival, nous nous retrouvons pour des masterclass entre professionnels afin de discuter de cette forme d’art vivant et de ces particularités. Cette année, le thème global des masterclass était « Kamishibaï d’auteur : entre création et présentation ». Encore une fois, nous avons été grandement nourris de ces différents échanges et réflexions.

Afin de motiver les kamishibayas à donner le meilleur durant le festival, un concours est organisé, et trois différents prix accordés.

  • Le Prix « Beli Deflin » est décerné par le vote du public
  • Le prix « Morigenos » est décerné par le vote des artistes
  • Un troisième prix décerné par un Jury extérieur à la Slovénie concerne uniquement les kamishibaïs Slovènes. Pour ce prix, un jury est composé de trois personnes n’étant pas Slovène. Cette année j’ai eu l’honneur de faire partie du Jury avec Martin Porter, un kamishibaya anglais qui vit en France et qui fait partis de notre collectif Ultramobile, et Ivica Lučić, le directeur artistique du théâtre pour enfant Branka Mihaljevića en Croatie.

Le prix Morigenos et le prix du Jury ont été décernés à Miha Arh, pour son kamishibai « Našli sva klobuk ». J’ai été très touchée, car j’ai eu l’honneur de recevoir le prix Beli Delfin pour mon kamshibai « Les bottes » ! Que d’émotions !

Notre collaboration entre le collectif Ultramobile et le groupe de kamishibayas slovène continue, j’espère que de nouveaux projets verrons le jour en France cette fois. A suivre !

Crédit photographique « foto : ublad » : Ubald Trnkoczy

Un peu d’histoire

Voici un petit résumé de l’histoire du kamishibai inspiré des recherches de Tara McGowan. Tara MacGowan est à la fois conteuse, autrice, et une artiste visuelle qui pratique le kamishibaï depuis plus de vingt ans. Elle a fait des recherches de grande qualités sur l’histoire du kamishibaï, et m’a autorisé à traduire cet article disponible sur l’Ohio State University. Elle est actuellement co-directrice du World Kamishibai Forum. Bonne lecture !

Inventé au Japon, le kamishibaï est un puissant moyen de communication non numérique. Le kamishibaï est né d’une combinaison entre certaines formes théâtrales et narratives traditionnelles japonaises, et les premières techniques médiatiques cinématographiques arrivant de l’étranger.

Le premier kamishibaï a été inventé au début du 19e siècle. Il contenait des marionnettes en papier, appelées « tachi-e », qui pouvaient être retournées soudainement pour donner l’impression que les personnes qu’elles représentaient avaient bougés. L’animation des marionnettes « tachi-e » s’inspirait des premières techniques cinématographiques des lanternes magiques « Utsushi-e », qui utilisaient une source de lumière pour projeter des images (diapositives de verre fixes ou mobiles) sur un mur ou un écran. Les spectacles de lanternes magiques sont devenues populaires dans le monde entier et ont été les précurseurs du film à bobine. Lien : Vidéo de Lanterne Magique « Utsushi-e« 

Une marionnette « tachi-e » typique (The Kamishibai Classroom, p. 11)

Cette forme de « kamishibaï », appelée plus tard « tachi-e », ou « images debout », est devenue populaire au 19e siècle et était pensée comme une version miniature du théâtre kabuki ou bunraku. De nombreuses histoires jouées avec ces marionnettes étaient basées sur des œuvres dramatiques que le public connaissait grâce à ces grandes productions théâtrales.

kamishibaï-ya du 19e siècle (The Kamishibai Classroom, p. 4)

En 1929, trois artistes de rue kamishibaï « tachi-e » se sont réunis et ont inventés un nouveau type de kamishibaï, inspiré du dernier média mondial : le film muet. Ce kamishibaï, appelé « hira-e » ou « images plates » est le format que la plupart des gens connaissent aujourd’hui sous le nom de kamishibaï, utilisant des planches illustrées.

Les films muets sont arrivés au Japon vers 1910 mais ils étaient rarement muets, car il étaient souvent accompagnés d’un interprète. Celui-ci offrait des dialogues divertissant, et expliquait les différents contextes culturels des films étrangers (Dym, 2003). Ces narrateurs de films, appelés « benshi » sont devenus des célébrités. Les artistes de kamishibaï de rue des années 1930 ont imités leurs styles vocaux, ont copiés les techniques visuelles et les intrigues des films populaires. Le nouveau kamishibaï était au cinéma, ce que l’ancien kamishibaï avait été aux formes populaires du théâtre traditionnel.

Les artistes de rue, appelés « gaitō kamishibaï-ya » se déplaçaient généralement d’un quartier à l’autre, avec leurs castelets attachées à l’arrière de leurs vélos. Ils vendaient des bonbons et autres friandises à un public d’enfants avant les représentations, et c’est ainsi qu’ils gagnaient leur vie. Les artistes qui écrivaient les kamishibaï, segmentaient leurs histoires en épisodes. Chaque jour, les interprètes de kamishibaï louaient les nouveaux épisodes. Certaines séries célèbres, telles que Ogon batto : la « chauve-souris dorée », sont composées de centaines d’épisodes, qui ont ensuite été adaptées pour la télévision.

Kamishibai de rue au XXe siècle (The Kamishibai Classroom, p. 6)

De 1930 à 1950, le kamishibaï était la forme de divertissement la plus populaire pour les enfants, à tel point que lorsque la télévision est arrivée au Japon dans les années 1950, on l’appelait « denki kamishibaï » (kamishibai électrique).

Bien que le kamishibaï de rue soit la forme la plus fréquemment mentionné dans l’histoire du kamishibaï, à partir du début des années 1930, les éducateurs et les missionnaires avaient remarqué la faculté du kamishibaï à attirer et retenir l’attention des enfants. Ils ont commencé à publier des kamishibaï éducatifs et religieux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le kamishibaï était devenu aussi important que le cinéma, la radio et d’autres médias de masse. Il a été utilisé pour diffuser le programme du gouvernement militariste, et convaincre les gens de tous âges que la lignée impériale était une figure divine (Orbaugh, 2014). Ces kamishibaï de « politique nationaliste » ou de propagande, s’adressaient à des publics de tous âges et dans toutes les langues des territoires occupés. Le kamishibaï avait un impact plus important que le film et la radio, car il pouvait être transporté dans des régions éloignées, hors d’atteinte des ondes et dépourvues d’électricité.

Une leçon importante à tirer de cette brève histoire du kamishibaï, c’est que le kamishibai n’est pas un genre littéraire, même si ces dernières années au Japon le folklore est devenu un genre particulièrement populaire pour les kamishibaï publiés. Le Kamishibaï est une forme de spectacle, un outils de médiation, qui peut être adapté à n’importe quel genre ou contenu et pour n’importe quel public ou groupe d’âge. Au Japon aujourd’hui, l’un des genres préférés des kamishibaï « artisanaux » (tezukuri) consiste à raconter des histoires personnelles et des histoires locales. Des festivals de contes kamishibaï ont lieu chaque année au Japon, où des personnes de tous âges se rassemblent pour raconter leur propre kamishibaï. Les conteurs travaillent également fréquemment avec des personnes âgées en maison de retraite, pour écrire des kamishibaï sur leurs récits de vie, afin d’enseigner aux jeunes générations l’histoire de leurs familles et de leurs communautés. Des efforts sont actuellement en cours pour écrire des kamishibaï à partir de l’expérience des survivants du tremblement de terre et du tsunami de Tohoku de mars 2011, afin d’aider à reconstruire et à guérir ces communautés, grâce au partage d’histoires.

Source : Tara McGowan – Ohio State University

Refonte graphique de printemps

En Mai, j’ai occupé l’atelier Fire-starter de la Friche Artistique Lamartine, où je travaillais régulièrement avant de déménager. Quel plaisir de retrouver les lieux ! Maintenant, Lydie s’occupe de ce merveilleux endroit.

Durant une semaine j’ai travaillé sur la refonte graphique de « Souffle » et de « La petite fabrique de nuages ». Ce fut un exercice assez particulier de refaire les illustrations de kamishibaïs, c’est à la fois un deuil et une renaissance, un genre d’effet Phœnix ! Depuis le mois de mai je les aient terminées, imprimées, et déjà racontées dans leurs formes nouvelles : j’en suis ravie !

Ma parole !

Etre auteur de ses propres kamishibaï offre la possibilité d’entrer dans la parole improvisée. En avril j’ai donc participé au stage « musicalité de la parole » avec Michel Hindenoch, stage organisé par l’atelier à histoires. C’était la première fois que je tentais de raconter mes histoires sans images illustrées, c’est déroutant mais très amusant !

L’art du conte et le kamishibaï ont des atomes communs. Le « diseur » de kamishibaï se doit de mettre en valeur, de compléter, d’animer des images illustrées, alors que le conteur créé des images mentales. Mais le kamishibaï et le conte partagent la présence particulière d’un narrateur.

J’ai passé une semaine extrêmement nourrissante avec Michel et le groupe de stagiaires. Michel est un grand pédagogue, et il va me falloir du temps pour digérer cette riche semaine, qui m’a profondément marquée. Car au delà de l’art de la parole, Michel a soulevé des réflexions profondes, notamment sur la place de la poésie dans notre monde.

Merci Michel !